pesticides ou abeilles, il faut choisir...
Les abeilles nous abandonnentsamedi 1er décembre 2007
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Par Jean Etienne
Des millions de ruches, jadis occupées par des milliards d'abeilles, se sont
mises à disparaître depuis quelques mois. L'épidémie, d'une rapidité et d'une
ampleur quasi-explosive, pourrait très bien ébranler les bases de notre
civilisation.
Mise à jour du 07/09/07 : Vos réactions à ce sujet qui, manifestement, vous
passionne, ainsi que de nouvelles informations, nous ont incités à aller plus
loin pour mieux comprendre cette inquiétante énigme. Nous avons interrogé
Bernard Vaissière, de l'Inra, un des très rares spécialistes de la pollinisation
par les insectes, qui remet quelque peu les pendules à l'heure, sans pour autant
minimiser la gravité du problème.
Le phénomène a débuté dans un seul élevage de Floride il y a à peine un an. Puis
l'épidémie s'est répandue de ruche en ruche, jusqu'à s'étendre à l'ensemble des
Etats américains et du Canada, avant d'atteindre l'Europe et même Taïwan en
avril 2007.
L'aspect de cette catastrophe écologique est déroutant. Aucun cadavre d'abeille
n'est retrouvé, et les ruches abandonnées sont vides d'occupants. On n'y
découvre même pas les parasites d'habitude si prompts à les réoccuper ensuite.
Tout se passe comme si les insectes quittaient leur habitat en masse pour une
destination inconnue sans jamais y revenir. En France, où les apiculteurs se
remettent à peine des ravages causés par le tristement célèbre "Gaucho", un
pesticide jadis répandu dans les champs de maïs et de tournesol, les
disparitions ont repris en force.
La sirène d'alarme
Ce n'est pas une sonnette d'alarme mais une sirène que les scientifiques
actionnent... ou tentent d'actionner. Car 80 % des plantes ont absolument besoin
des abeilles pour être fécondées, et sans elles, il n'y a plus de production de
fruits ou de légumes possible. Rien qu'aux Etats-Unis, où le nombre de ruches en
"vie" s'est effondré de 2,4 millions à 900, 90 plantes destinées à
l'alimentation humaine sont exclusivement pollinisées par les butineuses, ce qui
représente une valeur annuelle de 14 milliards de dollars.
Les scientifiques, qui ont donné le nom de "colony collapse disorder" à ce
syndrome d'effondrement, tentent de trouver une explication. Suivant le
professeur Joe Cummins de l'université d'Ontario, "Des indices suggèrent que des
champignons parasites utilisés pour la lutte biologique, et certains pesticides
du groupe des néonicotinoïdes, interagissent entre eux et en synergie pour
provoquer la destruction des abeilles". Selon lui, les insectes sont aussi
directement ou indirectement victimes de l'efficacité sans cesse accrue des
nouvelles générations de pesticides, censées protéger la nature mais dont
l'effet se révèlerait particulièrement pernicieux. Il cite en exemple la
pratique de plus en plus courante qui consiste à enrober les semences
d'insecticide de façon à éviter l'épandage. Le produit est ainsi incorporé dans
toute la plante, depuis les racines jusqu'au pollen que les abeilles rapportent
à la ruche en l'empoisonnant, ce qui explique aussi l'absence d'insectes
"squatteurs" dans les ruches abandonnées : ils ne survivent pas.
Phénomène de cascade
L'emploi de ce type de pesticide à base d'imidaclopride, très contesté en France
et aux Etats-Unis mais pourtant autorisé par l'Union Européenne, attaque le
système immunitaire des abeilles qui deviennent vulnérables aux parasites. La
preuve semble en être établie par la découverte d'une demi-douzaine de virus,
microbes, mais aussi de champignons parasites dans les quelques abeilles
survivantes de quantité de ruches agonisantes. Ce produit est distribué par
Bayer sous plusieurs appellations : Gaucho, Merit, Admire, Confidore,
Hachikusan, Premise, Advantage entre autres.
L'origine de ces champignons parasites n'est pas un mystère, puisqu'ils sont
eux-mêmes incorporés dans certains pesticides chimiques pour combattre les
criquets, la pyrale du maïs et certaines teignes. Il s'agit là d'un véritable
effet de cascade, des agents infectieux destinés à combattre certains parasites
profitant de la brèche ouverte dans le système immunitaire des abeilles et ainsi
changer de cible, avec pour conséquence la destruction des cultures que ce
produit était censé protéger.
Mais selon Joe Cummins, cet effet de cascade jouerait aussi entre ces
champignons parasites volontairement répandus et les biopesticides
"naturellement" produits par les plantes OGM. Il vient en effet de démontrer
expérimentalement que les larves de pyrale du maïs infectées par le champignon
Nosema pyrausta sont 45 fois plus sensibles aux infections que les larves
saines, une constatation qui est à mettre en parallèle avec l'effondrement du
système immunitaire des abeilles. "Les autorités chargées de la réglementation
ont traité le déclin des abeilles avec une approche étroite et bornée, en
ignorant l'évidence selon laquelle les pesticides agissent en synergie avec
d'autres éléments dévastateurs", ajoute-t-il en guise de conclusion.
L'importance des abeilles dans l'écosystème est telle qu'il y a un demi-siècle
déjà, Albert Einstein avait estimé que si cet insecte venait à disparaître du
globe, l'espèce humaine disparaîtrait au bout de quatre années. La sirène
d'alarme pourrait se transformer en tocsin.
http://altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article4602
fura-sciences.com

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