Chaîne alimentaire : qui veut le retour des farines animales ?

Christophe Noisette a écrit :
> Chaîne alimentaire : qui veut le retour des farines animales ?
> Martine Betti-Cusso, le figaro, 3 mars 2008
> http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2008/03/01/01006-20080301ARTFIG00615-qui-veut-le-retour-des-farines-animales-.php
>
>
> Les producteurs de porcs et de volailles le souhaitent. La Commission
> de Bruxelles étudie favorablement le dossier. Dix-huit ans après la
> crise de la vache folle, la logique de rentabilité va-t-elle
> l'emporter sur le principe de précaution ?
>
> Les farines animales seront-elles de retour dans nos assiettes ?
> Certes, la décision n'est pas encore prise, mais elle est sérieusement
> à l'étude à Bruxelles sous la pression croisée des producteurs de
> porcs et de volailles. Ces derniers souffrent de la flambée des prix
> des céréales et notamment du soja importé à prix fort (avec porte
> ouverte aux OGM). Les céréales nourrissent les animaux d'élevage
> depuis l'interdiction des farines animales pour les bovins en
> septembre 1990, puis pour tous les ruminants, les porcs et les
> volailles, en 1994. Il s'agissait alors d'éradiquer la maladie de la
> vache folle (encéphalopathie spongiforme bovine), transmise à l'homme
> sous la forme de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, qui avait inquiété
> les marchés et provoqué une destruction massive d'animaux ainsi qu'une
> chute brutale de la consommation de viande. Mais le temps s'est
> écoulé, laissant se former des montagnes de farines animales, dont les
> derniers stocks - environ 500 000 tonnes - devraient être incinérés
> d'ici à 2009.
>
> Pourtant, toutes les farines animales ne connaissent pas ce sort. Si
> les carcasses d'animaux impropres à la consommation partent brûler en
> cimenterie, celles des animaux sains - bovins, porcins, ovins et
> volailles... - ont trouvé d'autres voies de recyclage. Chauffées à 134
> °C pendant vingt minutes à une pression de 3 bars pour garantir la
> destruction de tout agent infectieux, elles sont rebaptisées «
> protéines animales transformées » (PAT). Depuis 2001, elles sont
> utilisées, à hauteur de 60 % de la production, pour la nourriture des
> animaux de compagnie. Destination supposée sans risque pour l'homme.
> Il faudrait être vraiment affamé ou cruel pour manger Rex ou Mirza.
>
> Depuis septembre 2006, une partie de ces mêmes PAT est employée pour
> la fabrication d'engrais. Les végétariens apprécieront... et de façon
> générale les consommateurs de ruminants dont le fourrage a pu être
> indirectement pollué.
>
> Enfin, les farines de sang et les produits sanguins des PAT sont des
> ingrédients introduits couramment dans l'alimentation des poissons
> d'élevage. Un prêté pour un rendu. Parce qu'inversement, les farines
> de poissons servent à l'alimentation des porcs et des volailles, de
> même qu'à l'alimentation des poissons, à condition qu'ils soient d'une
> autre espèce.
>
> Egalement interdites à la suite de cette crise majeure, les graisses
> d'os provenant des carcasses des animaux abattus - 115 000 tonnes
> environ chaque année - sont à nouveau autorisées depuis 2003 en France
> pour l'alimentation des porcs et des volailles. Elles ne seraient pas
> utilisées en France, contrairement aux autres pays européens, à cause
> de la lourdeur du cahier des charges imposés aux producteurs. On les
> emploie donc pour la nourriture des animaux de compagnie et dans
> l'industrie de la chimie, pour fabriquer notamment des savons et de la
> lessive. Notre société s'en laverait-elle les mains.
>
> A ces stocks énormes de PAT - plus de 400 000 tonnes chaque année - il
> fallait bien trouver un débouché le plus rentable possible. Et les
> équarrisseurs l'admettent eux-mêmes, c'est la filière de
> l'alimentation des animaux d'élevage qui reste la plus profitable.
> D'où une pression soutenue sur Bruxelles pour qu'elle autorise la
> réintroduction des farines animales dans la nourriture des porcs et
> des volailles. Il semble que la cause soit entendue à condition de
> respecter deux principes de précaution. Les farines doivent provenir
> uniquement d'animaux sains et tout cannibalisme est interdit pour
> éviter des transmissions de maladie au sein d'une même espèce. Sur le
> papier du moins, la leçon de la crise de la vache folle a porté. Mais
> dans les faits, ces principes de précaution seront-ils applicables ?
>
> « Nous pouvons garantir la traçabilité des protéines animales
> transformées, assure Patrick Colombier, président du Sifco (Syndicat
> des industries françaises des coproduits animaux) à l'aide d'un
> marqueur qui permettra d'identifier tous les produits à risque.
> Bruxelles autorise l'emploi de ces marqueurs à partir du 1er juillet
> 2008. »
>
> C'est une première étape vers la réintroduction. Reste à s'assurer que
> les volailles seront nourries uniquement de farines de porcs, et les
> porcs de farines de volailles, plumes comprises. Tout en veillant à ce
> que les bovins soient privés de ce menu. Les équarrisseurs soutiennent
> que le tri est possible. Ils ont réalisé des investissements
> importants pour séparer les filières et créer des usines ou des
> ateliers dédiés à l'alimentation de chaque espèce.
>
> « Mais il reste des unités de production mixte, explique Christian
> Ducrot, chercheur à l'Inra (Institut national de la recherche
> agronomique). Il sera difficile d'éviter tout mélange parce qu'il y a
> toujours des résidus de farines dans les silos. De même, il y a des
> silos où l'on entrepose et où l'on mêle les farines invendues. Sans
> oublier les risques dans les camions de livraison et dans les fermes. »
>
> C'est pourquoi la Commission européenne finance à hauteur de 1,7
> million d'euros l'étude et la mise au point d'un test d'identification
> permettant de déterminer l'espèce d'origine des farines animales. Une
> fois celui-ci validé, les farines animales pourront faire leur retour.
> Mais il faudra encore convaincre l'opinion publique qu'elle n'est pas
> roulée dans la farine.



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Article ajouté le 2008-03-05 , consulté 31 fois

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