Adieu, Aline, partie au pays des mères veilles.
Adieu, Aline, partie au pays des mères veilles.

Aline Dewynck est décédée hier d'un cancer.
Aline, c'était une fille simple, discrète, douce, de l'or dans les mains. La quarantaine passée. C'était une âmie céramiste du village, nouvelle habitante, venue s'installer dans notre petit village de Marcilhac, il y a quelques années, par choix.
Je dis âmie, car même si nous avons finalement passé ensemble un temps très court, nous partagions l'Art, et aussi le courage de construire, de fabriquer de nos mains, de vivre dans des conditions précaires pour faire du beau, des travaux et réenchanter l'habitat avec des matières nobles, de vivre nos rêves dans ce village rural. Tous ceux qui ont choisi le Lot et Marcilhac ont cet amour commun des choses simples et du beau – devenus rares-.Sans doute pour cela que nous nous entendons relativement bien, tous ensemble.
Je l'ai connue, je pense, en 2008.
Elle avait acheté une maison du bourg, l'ancienne boucherie abandonnée en plein centre de la rue principale. Elle avait retapé cette maison avec Jean-Louis, son compagnon, artiste aussi spécialiste du travail des métaux, taillandier, un sacré professionnel reconnu. Ils en avaient fait un petit nid de toute beauté, redonnant de l'éclat aux vieilles pierres, aux vieilles terres cuites, au cantou, aux parquets, aux escaliers étroits, au moindre petit témoignage du passé de cette maison du moyen –âge. Ses deux enfants, Juliette et Marius, venaient passer des vacances parmi nous. Je les appréciais beaucoup. Des gens de qualité, des personnes qui ne me laissent pas indifférents. Par leur talent, évidemment, mais aussi par leurs rapports humains. Des gens pas ordinaires. Des artistes, quoi.
J'ai eu la chance de fréquenter son atelier au rez de chaussée, où elle exposait son minutieux et raffiné travail. Comme j'aimais ! Son Art, c'était tout elle. Je n'ai jamais eu les moyens financiers, à ce moment là, de lui acheter de belles pièces dont j'admirais la matière. Pots, saladiers, boites, plats, vases. J'aimais promener mon regard sur ces terres de grès et porcelaine tournées, façonnées, cuites puis habillés de quelques coups subtils de pinceaux dans des teintes semblables à son caractère de femme. J'aimais la lumière qui caressait les formes douces.
Aline n'a pas eu le temps d'ouvrir longtemps son atelier au public... L'an dernier on a appris qu'elle avait un cancer, du sein, je crois. Elle a refusé d'être un cobaye de plus pour l'industrie pharmaceutique, d'après ce que j'avais compris à demi mots. Elle était repartie dans son département d'origine. La dernière fois que je l'ai vue, c'est l'été dernier, un foulard sur la tête, plus de cheveux, à la terrasse du café. Livide. Dans ses yeux, on pouvait y lire la détresse et la pudeur. Elle ne voulait pas en parler et m'a fais comprendre de taire le sujet. Quoi lui dire? Quoi lui dire d'autre que de lui faire la bise en la serrant dans mes bras et dans nos regards échangés, tout l'indicible. C'était la dernière fois que je l'ai vue.
On lui avait rendu service, un jour, et en échange elle nous avait offert deux petites créations, une petite boite en terre avec un couvercle en cuivre, que j'ai dans ma salle de bain, et ce petit bol.
Cela m'avait touché, même si pour eux "c'est rien, juste un petit truc pour dire merci" ...et ça m'avait fait un grand plaisir, d'avoir un petit bout d'elle... elle sera donc toujours quelque part auprès de nous.
C'est tout ce qu'il me restera d'elle. De la terre façonnée avec Art, quelques touches d'émail... sa signature gravée dans le grès... mais c'est énorme pour moi. On n'a pas eu le temps de s'apprendre mutuellement, juste le temps de s'apprivoiser, comme dit le petit prince.
On se croise, on se connait peu, on se fréquente, on a des "atomes" crochus, essentiels, mais l'injustice est là. Je pense à Juliette et Marius. Je leur dédie ce témoignage, pour qu'ils sachent, peut-être un jour, comment je percevais leur maman. Je revois son petit gars rouquin fier d'aller taquiner quelques poissons encore un peu vivants malgré les pollutions, dans la rivière Célé, avec sa canne à pêche. L'été et ses petits bonheurs.
Oui, j'en ai « gros sur la patate ».
Entre mon épicier et elle, l'année commence mal.
Je suis profondément triste.
Le cancer – et toutes les maladies qui explosent aujourd'hui- n'est pas une fatalité. Surtout chez les enfants atteints de leucémies, d'allergies, etc…
C'est une épidémie de notre société polluée où même la maladie est devenue rentable et marchandise. On entretient les pathologies alors qu'on sait un peu plus pour quelles raisons elles naissent, la destruction de l'environnement, l'alimentation toxique, les cocktails chimiques accumulés, le nucléaire, etc....
Voire, certaines épidémies sont créées…
Un pansement n'a jamais soigné une jambe de bois.
Et là, je suis aussi profondément tristement en colère.
Aline, ton travail magnifique de tes mains, c'est ta vie éternelle pour nos mémoires.
Je fais mes condoléances à ses proches, sa famille et surtout à ses enfants, et à Jean-Louis.
Stéphanie, à Marcilhac, le 25 Février 2012.

Adieu, Aline, partie au pays des mères veilles. Cette petite chanson par les ondes, car, Lundi, je ne pourrais pas te dire au revoir, dans ton Eure et Loire...


Commentaires
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le 02-03-2012 à 16:43:35
A nous désormais de suivre ton exemple.
bel hommage.
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le 26-02-2012 à 19:37:23